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Mangrove et arrière mangrove : quels sont les enjeux de leur conservation ?


 

En Martinique, les zones humides du littorale représentent environ 2500 ha et la majorité de cet espace est détenue par les mangroves à hauteur de 84%. Ces mangroves sont présentes principalement dans la baie de Fort-de-France mais aussi dans différentes anses et baies. Il subsiste également des reliques de forêts marécageuses aux environs de Trinité (environ 20 ha).

L’arrière mangrove peut être classifiée par de nombreux habitats naturels : il y a notamment les tannes qui fonctionnent à la manière de salines naturelles, il y a aussi les prés salés, les marais saumâtres ou encore les forêts supra littorales. Cependant, ces milieux sont peu valorisés et menacés par les activités anthropiques toujours plus présentes au sein de l’île. La déforestation se voit accentuée par des assèchements de plus en plus agressifs et successifs qui sont directement liés à l’industrialisation et à l’urbanisation (aménagements routiers, aéroports, décharges, …) mais aussi à une activité agricole que connaît notamment les mangroves situées près de la zone urbaine de Fort-de-France.

 

Pour en comprendre ses enjeux étudions les nombreux avantages de la mangrove :

 

Tout d’abord elle possède un potentiel touristique et économique important qui est largement sous-exploité. Selon une étude parue en 2011, les mangroves ont un potentiel de captation du carbone 3 à 5 fois supérieur à celui des forêts. Chaque année, elles absorbent 13,5 Gt de CO2, soit 14 % de la séquestration océanique. D’autre part, les écosystèmes des mangroves jouent un rôle déterminant :

  • De protection : en effet elle est efficace contre l’action érosive des marées et des vents, notamment sur les littoraux soumis aux dépressions cycloniques.

 

  • De nurserie et de lieu de ponte : les racines des palétuviers servent d’abri aux petits poissons qui peuvent alors grandir loin de la majorité des prédateurs, trop gros pour la mangrove. Sans la mangrove, beaucoup d’espèces disparaîtraient rapidement. Elles constituent un ensemble végétal hautement productif dont dépend la biologie de nombreuses espèces animales commercialisables (poissons, crevettes, crabes, etc.)

 

  • De garde-manger : elle possède une concentration de matière organique, qui lui permet de nourrir toute sa faune

 

  • De filtre : elle protège les récifs situés en amont dans la mer, elle retient des sédiments et de la vase et filtre également les eaux usées et retient les polluants.

 

Flore de la mangrove martiniquaise :

 

  • Le Palétuvier rouge : mangrove forestière de bord de mer, où la salinité est forte
  • Le Palétuvier noir : mangrove arbustive
  • Le Palétuvier blanc et le Palétuvier gris où la salinité du sol diminue

 

Faune de la mangrove :

 

Groupe Genre Espèce Nom Vernaculaire
Algues Caulerpa racemosa Caulerpe raisin vert
Algues Dictyota sp Dictyotas en Y
Algues Penicillus dumetosus Pénicile brosse boule
Arthropodes Aratus pisonii Crabe jaune
Arthropodes Callinectes danae Cirique
Arthropodes Penaeus subtilis Crevette
Arthropodes Stenophus hispidus Grande nettoyeuse
Arthropodes Paguristes sp Bernards l’Hermite
Coraux Manicina areolata Rose de corail
Coraux Siderastrea radians Petit corail starlette
Echinodermes Lytechinus variegatus Oursin variable
Echinodermes Oreaster reticulatus Etoile de mer commune
Echinodermes Tripneustes ventricosus Oursin blanc
Oiseaux Ardea herodias Grand héron
Oiseaux Egretta caerulea Aigrette bleue
Oiseaux Bubuleus ibis Héron garde boeufs
Oiseaux Egretta thula Aigrette blanche
Poissons Abudefduf saxatilis Demoiselle – Sergent major
Poissons Chaetodon capistratus Papillon Kat-Zié
Poissons Diodon holocanthus Diodon porc-épic
Poissons Haemulon carbonarium Gorette charbonnée
Poissons Haemulon chrysargyreum Gorette Ti-Bouch
Poissons Harengula humeralis Sardine
Poissons Hemiramphus balao Balaou

 

Concernant l’arrière mangrove :

Ces écosystèmes sont les premiers réceptacles des sédiments terrigènes en provenance de l’intérieur des terres. Ils limitent ainsi les apports directs de sédiments au sein des mangroves médiolittorales et empêchent l’envasement des palétuviers. En plus de jouer ce rôle, l’arrière mangrove possède une faune et une flore caractéristique bénéfique à l’écosystème :

Avifaune (oiseaux) :

  • Colibri huppé
  • Colombe à queue noire
  • Élénie siffleuse
  • Moqueur des savanes
  • Paruline jaune
  • Sporophile cici
  • Sucrier à ventre jaune

Carcinofaune (crabe) :

  • Cardisoma Guanhumi
  • Ucides cordatus

 

Principales causes de destruction des mangroves :

Actuellement, la mangrove est malheureusement un des écosystèmes les plus menacé du fait de la croissance exponentielle de la population en zone côtière, de la déforestation et du traitement des rejets anthropiques. En effet, la conversion du terrain pour l’élevage ou encore la destruction de la mangrove provoquée par l’urbanisation sont les principales menaces qui pèsent sur cet écosystème. L’activité anthropique a contribué à la diminution de leur surface durant les dernières décennies, entraînant une dégradation écologique importante. La Thaïlande, les Philippines et l’Equateur par exemple ont perdu plus de la moitié de leur superficie de mangrove. On considère que 50 % de la destruction des mangroves résultant de l’activité anthropique dans les années récentes est dû à la déforestation pour établir des bassins à crevettes.

 

Est-il alors possible de lutter contre ses menaces ?

 

Heureusement il existe bel et bien des organismes qui militent pour cette cause qui semble échapper aux priorités. En effet, sur l’île de Mayotte par exemple une école primaire propose à l’assemblé national une loi pour la création d’un parc national marin incluant la mangrove. En effet,  on constate quand même que depuis quelques années, une prise de conscience se développe et que de grande organisations multiplient leurs efforts concernant la protection de ces écosystèmes.  C’est le cas de l’ONG Mangrove action project (MAP) qui est présente dans neuf pays, en Asie en Afrique et en Amérique Latine. La Map soutient des programmes de reforestation et d’éducation en mettant en place des programmes en partenariat avec les pêcheurs locaux pour favoriser un développement durable. C’est le cas aussi d’Apple, dans le cadre de sa campagne Give Back à l’occasion du Jour de la Terre 2018, l’entreprise s’est associée à Conservation International en vue de restaurer près de 11 000 ha de forêt de mangrove dans la baie de Cispatá sur la côte caribéenne de la Colombie.

 

Bien qu’elles aient été en partie défrichées pour l’agriculture, l’industrie ou l’urbanisation, les mangroves et forêts marécageuses sont encore aujourd’hui présentent mais en péril. Ces forêts ont été longtemps mal considérées, victimes de remblaiement, de dépôt d’ordures ou de pollution. Elles jouent pourtant un rôle essentiel dans la protection du littoral marin et terrestre. Cependant, une prise de conscience est à noter et de nombreux mouvements soutenant la protection des mangroves se mettent en place.

 

Source image d’en tête : land-links.org

Source vidéo : Facebook

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